Il y a quelques jours sortait un article de Libération sur l'épaississement du dossier de l'enquête concernant le déroulement du scrutin municipal de 2020 à Toulouse, mais aussi un article de Mediapart sur "Les généreux dons des promoteurs immobiliers" à Jean-Luc Moudenc. Il y a quelques jours j'apprenais que l'existence de La Chapelle et du Kiosk étaient menacée. J'en profite donc pour partager quelques réflexions sur ce qui se joue actuellement à Toulouse.

En 2018, la mairie de Toulouse a signé un bail emphytéotique de 40 ans avec l'association La Chapelle, avec promesse de vente. La suspension de la vente a été votée par le conseil municipal le 6 février dernier, pour une durée de trois ans, en remettant en cause l'intérêt général de l'association. Y lire : on y organise des évènements anarchistes. Concrètement, cela signifie une période de probation de trois ans durant laquelle La Chapelle doit prouver que ses activités sont d'intérêt général.

Je suis en colère et j'ai envie de la partager, parce que c'est un lieu que j'aime, où beaucoup de gens que je respecte se sont investis, où j'ai vu le documentaire "So, Which Band Is Your Boyfriend In?", acheté un tas de livres, bande dessinées et brochures, déposé des fanzines et des disques à moi, assisté à des conférences, ai eu l'occasion de parler de Hidden Bay Records, mangé des plats délicieux pour si peu, rencontré des ami·es.

Les lieux comme La Chapelle nous permettent d'exister, quand la ville entière se transforme devant nos yeux impuissants en une chose grote$que, où rien n'est à portée de nos bourses dans le centre-ville, où tout nous repousse à dessein. Une ville où s'étalent des affiches géantes promouvant la tranquilité citoyenne, la gentillesse de la police alors qu'au fond du ventre on se rappelle des horreurs proférées par cette même police et les douleurs dans le dos.

Je sais dans quelle ville je veux vivre, je sais aussi que rien ne va dans le bon sens. Mes ami·es, les gens que je vois sous mes fenêtres, moi-même ne serons pas les profils de cadres désirés, nous n'irons pas travailler dans la défense militaire, mes petites sorties éditoriales à prix libre ne participeront pas à la croissance de la ville. Nous sommes asphyxié·es par les hausses des loyers, par les coupes budgétaires dans la culture affectant les quelques structures qui nous permettent de survivre sous notre seuil de pauvreté, par les Carrefour qui s'ouvrent tous les 100 mètres, par la promesse d'une caméra par rue, par des projets immobiliers d'un autre ère, par le déni de la conscience écologique la plus élémentaire.

Après la fermeture de Mix'Art Myrys, après les menaces qui pèsent sur les Pavillons sauvages, après l'effritement de la musique live, la colère est grande. Je le redis, ce sont précisément tous ces lieux qui font qu'on existe encore un peu, qu'on peut discuter, se rassembler, se nourrir intellectuellement. Par choix politiques, la culture "officielle" s'écroule. Celle "aux marges" (ces marges étant bien sûr notre centre) n'en est que plus nécessaire.

Je suis arrivée à Toulouse en 2010, je ne pensais pas qu'une ville pouvait changer si vite. L'envie de partir me tenaille souvent, mais l'herbe n'est pas plus verte ailleurs alors autant dénoncer la bêtise et la violence à l'échelle locale. C'est à Toulouse que j'ai créé ce label, que je joue dans des groupes de musique, édite mes zines, participe à ma micro-échelle à des activités culturelles et politiques. Tous ces projets sont modestes, ont une portée médiatique proche du néant, mais si vous tombez sur ces lignes en ayant la sensation de ne pas lire ce que vous savez déjà, gardez en tête qu'une ville ne peut pas devenir et ne deviendra jamais homogène, et que le substrat anti-autoritaire ne se dissout pas comme ça.

Les élections municipales sont évidemment dans tous les esprits. Je ne chercherai pas à convaincre quiconque d'aller voter et encore moins pour qui mais si vous voyez des soutiens de Jean-Luc Moudenc tracter devant les médiathèques et que le sentiment d'écoeurement devient absolu, voici quelques éléments à leur fournir : pétition Bibliothèques en péril !

Et pour aller plus loin, on peut lire le rapport de l'Observatoire des Libertés Associatives "Neutraliser le monde associatif – Enquête sur une injonction à la dépolitisation".
Je parle de Toulouse mais la pression sur les lieux associatifs dans d'autres villes de France semble plus forte que jamais. Parlons-en, tout simplement ?